Association de la guerre électronique de l’armée de terre

Participation de l’AGEAT au festival d’histoire vivante 2025 à la citadelle de Belfort
11 août.
Durant le week-end du 26 et 27 juillet dernier, l’AGEAT a participé au festival d’histoire vivante à la citadelle de Belfort. La thématique de cette édition 2025 était « alliance et trahison ».
A cet effet, l’association a mis en place une exposition évoquant plusieurs cas dans le domaine des écoutes sur une période allant de 1931 à 1944.
Le premier concerne Hans Thilo SCHMIDT, nom de code « Asche », du bureau du chiffre du ministère de la Guerre du IIIe Reich, qui, dès novembre 1931, a vendu au service de renseignement français des documents secrets relatifs à la machine à chiffrer ENIGMA et à la montée en puissance militaire du Reich ainsi que sur ses objectifs territoriaux. Les documents relatifs à la machine ENIGMA fournis par les Français aux Polonais leur ont permis de briser, dès 1933, le système de chiffrement de la machine que les Allemands considéraient comme inviolable. Ultérieurement, les outils mathématiques de ce succès seront remis aux Britanniques et à Alan TURING en particulier, qui « industrialisera » les moyens de décryptement, en 1940, à Bletchley Park.
Le second évoque la fourniture au service de renseignement français de renseignements militaires importants et secrets sur le IIIe Reich par Madelaine RICHOU, nom de code « MAD », qui les obtenait du colonel LAHOUSEN officier du service de renseignement autrichien, intégré dans l’Abwehr, service de renseignement du IIIe Reich, après l’Anschluss. Cette fourniture s’est étalée de 1939 à 1943.
Le troisième fait référence à l’entrée en résistance, dès le 9 août 1940, d’un groupe d’officiers des transmissions de l’armée française. Parmi ces officiers, Paul LABAT et Gabriel ROMON mettent sur pied le Groupement des Contrôles Radioélectriques (GCR) dont la mission officielle consistait à fournir des informations générales, diplomatiques et commerciales au gouvernement du maréchal PÉTAIN. Profitant de cette couverture, ils réalisaient également des écoutes clandestines sur les réseaux radio de l’occupant (Wehrmacht, Luftwaffe, Gestapo notamment) au profit du service de renseignement français camouflé sous le vocable de « bureau des menées antinationales », créé le 25 août 1940. Ils seront trahis par un opérateur d’écoute ayant travaillé sur la mission officielle qui a rejoint la milice française en 1943.
Le quatrième fait revivre l’exploit technique d’un groupe de résistants des PTT chargé des Lignes [téléphoniques] Souterraines à Grande Distance (LSGD). Initié par un des officiers des transmissions versés aux PTT en décembre 1940, ce groupe de résistants a dérivé le câble Paris-Metz, entre le 19 avril et le 15 septembre 1942. Cette dérivation a permis d’écouter toutes les conversations entre Paris et Berlin. Cet exploit est connu sous le nom de code « source K », initiale de l’ingénieur Robert KELLER, qui a dirigé tous les aspects techniques de cette dérivation. Il réitèrera le 16 décembre 1942, sur le câble Paris-Strasbourg, mais son groupe sera dénoncé, le 21 décembre 1942, à la Gestapo par le secrétaire général de la police française René BOUSQUET, informé par une lettre anonyme.
Le cinquième aborde une coopération entre BOUSQUET et le général SS OBERG, à la suite d’une demande de l’Abwehr, pour permettre l’entrée en zone non occupée de « kommandos de la Funk-Abwehr » afin d’écouter et de localiser les émetteurs clandestins de la Résistance. Dans le cadre de l’opération « DONAR » engagée en septembre 1942, BOUSQUET fournit des papiers d’identité français aux membres allemands des « Kommandos » afin qu’ils ne soient pas inquiétés en cas de contrôle. Ces « kommandos » opèrent dans les régions de Lyon, Marseille, Montpellier et Toulouse-Pau. Ils démantèleront plusieurs réseaux radio de la Résistance, comme celui du réseau Alliance et captureront des opérateurs radio, tel le radio de Jean Moulin à Calluire, le 16 octobre 1942.
Le sixième révèle les contremesures mises en place pour déjouer les recherches des équipes de la Funk-Abwehr après l’hécatombe parmi les opérateurs radio de la Résistance, dont l’espérance de vie dans la clandestinité ne dépassait pas les 6 mois. Ces contremesures s’appuient sur l’expérience du réseau « Electre », rare survivant parmi les réseaux radio dans la région lyonnaise. Par ailleurs, afin d’optimiser les liaisons aériennes avec la Grande-Bretagne puis l’Algérie et les opérations de parachutages au profit de la Résistance, toute une organisation est mise en place avec des moyens de radionavigation.
Cette exposition a reçu plus de 600 visiteurs, nationaux ou étrangers, qui ont été particulièrement surpris de découvrir un pan quasi inconnu de la 2e guerre mondiale.





